À LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU de Marcel PROUST – Claude Boullier

« En faisant ce travail, ma seule ambition est de vous montrer que Proust n’est pas le “monstre sacré” qu’on lui reproche parfois d’être, et qu’il n’est pas seulement l’auteur de la “petite madeleine”, ce à quoi on le restreint trop souvent. Non, Marcel Proust est une personne, qui a vécu, souffert, rêvé, qui fait preuve d’un humour délicieux ou cruel lorsqu’il observe ses contemporains, qui nous fait part de ses réflexions sur des sujets de son époque… Surtout, c’est un homme en qui nous pouvons reconnaître nos défauts et nos qualités, nos regrets et nos espoirs. Et si son style nous désarçonne parfois, par la longueur de ses phrases (ce qu’on lui reproche encore), et qui fait qu’on ne sait plus, une fois arrivés au bout de l’idée, ce qu’il y a au début, eh bien ! le seul remède est de reprendre son souffle et de relire, lentement, le texte, tout en savourant les images, les idées, comme on le ferait d’un plat réalisé par un grand cuisinier pour en déduire la composition et surtout en goûter l’arôme… »

L’œuvre de Marcel Proust

Bernard de Fallois nous dit dans le début de sa préface, dans l’édition de 1952 du Contre Sainte-Beuve :
« L’œuvre inédite de Proust n’existe pas. Le mot « fin » qu’il a tracé aux dernières lignes de son livre en marque bien, effectivement, la fin. Les milliers de pages qu’il a consacrées à le préparer ne sont pas autre chose non plus qu’une préparation. Même les plus anciennes, même les “Plaisirs et les Jours”, nous frappent beaucoup moins par l’hésitation, les tâtonnements habituels chez un écrivain encore jeune, rêvant à des œuvres possibles, que par l’extraordinaire concentration d’un esprit déjà mûr, ayant reconnu les réalités essentielles de son art, et commençant avec application, avec maladresse parfois, à les peindre. La supériorité de Proust sur la plupart de ceux qui le précèdent vient de ce que ceux-ci, écrivant plusieurs livres, font toujours le même sans le savoir, alors que lui, le sachant, n’en a jamais écrit qu’un….
Avant tout, Proust est l’homme d’un seul livre ».
Ce terme de “préparation” est tout à fait exact : les œuvres antérieures à la Recherche du temps perdu (dite la Recherche) ne sont en tout cas pas des ébauches du roman ultime ; ce sont des œuvres à part entière, même si cela semble paradoxal. En effet, on y trouve un grand nombre de passages qui seront repris plus tard, complètement transformés, dans la Recherche : en vrac, les aubépines, les lilas, les marronniers, le clair de lune, la mer, les Champs-Élysées, les jeunes filles, les salons, le baiser du soir, la madeleine (une biscotte dans le Contre Sainte-Beuve…), etc., sans oublier quelques personnages, bien que parfois nommés autrement. Tout se passe comme si Marcel Proust avait voulu “faire ses gammes”, avant de réaliser sa grande œuvre !
Cependant, s’il est un de ces ouvrages qui puissent être considérés comme une préfiguration de la Recherche, c’est bien le Contre Sainte-Beuve, puisque Proust a même songé à les confondre sous un même titre. Bien qu’achevé en 1909, Proust ne parviendra pas à faire publier ce livre. Il est composé dans l’édition de 1952 d’une quinzaine de chapitres séparés : la partie qui justifie son titre, nommée “La méthode de Sainte-Beuve” n’en représente qu’un seul ; trois autres sont des essais littéraires sur Gérard de Nerval, Sainte-Beuve et Baudelaire, Sainte-Beuve et Balzac. Les autres “cahiers” sont dédiés à des thèmes que l’on retrouve dans la Recherche.
Mais que Proust avait-il donc contre Sainte-Beuve ? Que lui reproche-t-il ? Laissons-le parler : « Cette méthode (de Sainte-Beuve), qui consiste à ne pas séparer l’homme et l’œuvre, à considérer qu’il n’est pas indifférent pour juger l’auteur d’un livre (…) d’avoir répondu aux questions qui paraissent les plus étrangères à son œuvre (comment se comportait-il, etc.), à s’entourer de tous les renseignements possibles sur un écrivain, à collationner ses correspondances, à interroger les hommes qui l’ont connu, en causant avec eux s’ils vivent encore, en lisant ce qu’ils ont pu écrire sur eux s’ils sont morts, cette méthode méconnaît ce qu’une fréquentation un peu profonde avec nous-mêmes nous apprend : qu’un livre est le produit d’un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices. Ce moi-là, si nous voulons essayer de le comprendre, c’est au fond de nous-mêmes, en essayant de le recréer en nous, que nous pouvons y parvenir. Rien ne peut nous dispenser de cet effort de notre cœur. » (Contre Sainte-Beuve p. 157 Coll. Idées)
Dans ces quelques lignes, nous trouvons déjà ce qui formera l’essentiel de la théorie littéraire développée longuement dans le Temps Retrouvé, le dernier volume de la Recherche, théorie qu’il a mise en pratique dans l’ensemble de son œuvre.
Et pourtant… Pourtant, il n’est pas possible de comprendre vraiment la Recherche du Temps Perdu sans avoir une connaissance au moins superficielle de la vie de son auteur, sachant cependant que Proust se révolterait contre cette affirmation. En effet, Proust a tellement puisé dans sa vie, dans son expérience, dans ses sentiments, que l’homme est inséparable de l’œuvre. Ne dit-il pas d’ailleurs, toujours dans le Temps Retrouvé : « Je compris que tous ces matériaux de l’œuvre littéraire, c’était ma vie passée » (III TR p.899).
Alors, contradiction ? Non, mais tout est dans la manière… Nous aurons l’occasion d’en reparler plus tard…

Essayons donc de mieux connaître la vie de Marcel Proust.

P R É A M B U L E

Amis lecteurs,

Je suis sans doute bien présomptueuse de vouloir vous présenter Marcel Proust, et sa grande œuvre, la Recherche du Temps Perdu, en quelques pages, d’autant plus que des esprits bien plus illustres que le mien s’y sont déjà essayés, et que, au cours des presque cent dernières années, des milliers d’ouvrages plus savants les uns que les autres, d‘analyse, d’exégèse, de critique, ainsi que des biographies de l’auteur, ont été produits pour tenter d’expliquer et de comprendre cette œuvre si énorme (3134 pages dans l’édition de la Pléiade rien que pour la “Recherche” ! ), à la fois si complexe et si riche…
Et pourquoi Proust ? Tout simplement, parce qu’au cours de mes études universitaires, je suis “tombée dedans” en commettant un mémoire intitulé « Le thème de la mort dans la Recherche du Temps Perdu » et que depuis, après de nombreuses années, mon admiration pour l’œuvre de cet auteur ne s’est jamais démentie : je considère toujours Marcel Proust comme le plus grand écrivain français du XXème siècle !

En faisant ce travail, ma seule ambition a été de vous montrer que Proust n’est pas le “monstre sacré” qu’on lui reproche parfois d’être, et qu’il n’est pas seulement l’auteur de la “petite madeleine”, ce à quoi on le restreint trop souvent. Non, Marcel Proust est une personne, qui a vécu, souffert, rêvé, qui fait preuve d’un humour délicieux ou cruel lorsqu’il observe ses contemporains ; qui nous fait part de ses réflexions sur des sujets de son époque… Surtout, c’est un homme en qui nous pouvons reconnaître nos défauts et nos qualités, nos regrets et nos espoirs. Et si son style nous désarçonne parfois, par la longueur de ses phrases (ce qu’on lui reproche encore), et qui fait qu’on ne sait plus, une fois arrivés au bout de l’idée, ce qu’il y a au début, eh bien !, le seul remède est de reprendre son souffle et de relire, lentement, le texte, tout en savourant les images, les idées, comme on le ferait d’un plat réalisé par un grand cuisinier pour en déduire la composition et surtout en goûter l’arôme…
Je souhaiterais donc vivement vous faire partager ce sentiment.

P.S. J’ai essayé, tout au long de cette étude, de faire parler Marcel Proust plutôt que moi-même, pensant qu’il était le mieux à même d’exprimer ses propres idées, et surtout, forcément, capable de les exprimer avec beaucoup plus de talent… !
Il est évident que j’ai fait de Proust une lecture personnelle, avec des idées que chacun est bien sûr libre de récuser ou de modifier selon ce qu’il ressent. Faisons comme Proust lui-même nous y invite, en étant toujours « le propre lecteur de soi-même ».

1ère partie : l’oeuvre et l’homme

SOMMAIRE

  • L’œuvre de Marcel Proust p.4
  • Sa Biographie p.8
  • Description de l’oeuvre p.14
  • Caractéristiques générales p.14
  • Comment Proust a bâti son oeuvre p.19
  • La structure de l’oeuvre p.20
  • Le Monde Proustien p.24
  • Les personnages de la Recherche p.24
  • Les lieux proustiens p.28
  • La peinture des personnages et des lieux p.30
  • Le projet de Proust et sa réalisation p.40
  • Un projet mûri de longue date p.40
  • Un projet déjà élaboré, et incontournable p.41
  • Écrire une œuvre qui traduise sa “vraie vie” p.42
  • Le souvenir involontaire et la démarche vers l’œuvre d’art p.43
  • Le Temps p.53
  • Retour au livre p.57
  • CONCLUSION p.59

2ème partie : Les thèmes proustiens

SOMMAIRE

  • Le baiser du soir – Amour maternel et culpabilité p. 64
  • L’amour – Souffrance, jalousie et mensonge p. 67
    La naissance de l’amour
    La “cristallisation” de l’amour
    La fin de l’amour
  • L’homosexualité p. 79
  • Les Juifs – L’affaire Dreyfus p. 85
  • La guerre de 1914-1918 p.90
  • Les noms p.96
  • Le théâtre – Apparence et incommunicabilité p.102
    Les représentations théâtrales
    Les salons, matinées et dîners
    Apparence et incommunicabilité
  • Le changement – L’absence et l’oubli p. 109
  • La mort – Le sommeil et le rêve p.112
  • Réalité et profondeur p.120
    La réalité – Souvenir et profondeur
  • L’art p. 124
    Les artistes
    L’art vu par Proust
  • Conclusion p.135

Claude Boullier

À LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU de Marcel PROUST, Editions UICG – Septembre 2015

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