Cinq siècles et demi d’histoire : Tapisseries des Lumières – Cité internationale de la tapisserie Aubusson

L’histoire de la tapisserie dans la région contribue au « mythe Aubusson » : l’origine de l’implantation de la tapisserie à Aubusson et Felletin se perd dans les légendes.

Certains auteurs attribuent son établissement dans la région à des tanneurs, tapissiers et teinturiers sarrasins qui se seraient installés sur les bords de la Creuse après leur défaite à Poitiers en 732.

D’autres émettent l’hypothèse d’un développement lié au mariage de Louis Ier de Bourbon, alors comte de la Marche, avec la Flamande Marie de Hainaut. Notant l’importance des élevages de moutons et la qualité acide de l’eau, idéale pour dégraisser la laine et alimenter les teintures, ils auraient incité des tapissiers flamands à venir s’installer en Creuse. L’histoire de cette production semble en tout cas se rattacher au développement de plusieurs activités artisanales dans le Massif central (coutellerie, papeterie, armurerie, soierie et un peu plus tard dentelle), dès la fin du XVe siècle. Les lissiers pratiquent ainsi l’art de la tapisserie dans la région d’Aubusson-Felletin depuis près de six siècles.

Tapisseries des Lumières

Après la période difficile de la révocation de l’édit de Nantes à la fin du XVIIe qui amène de nombreux lissiers creusois à émigrer vers l’Allemagne, le XVIIIe siècle et son nouveau souffle décoratif est une période de prospérité commerciale pour les manufactures.

L’État s’intéresse à nouveaux aux ateliers d’Aubusson en leur envoyant de nouveaux cartons de tapisserie, créés pour les manufactures des Gobelins ou de Beauvais. Des teinturiers plus habiles viennent aider les lissiers, puis le peintre Jean-Joseph Dumons (1687-1779), est nommé peintre de la manufacture d’Aubusson par le roi. La production de tapisserie s’appuie alors sur l’adaptation de grands modèles créés par Bouchet, Watteau, Oudry ou Huet: des verdures à animaux inspirées des tableaux d’Oudry, mais aussi des grands cartons à la mode du goût exotique, avec par exemple sa série dite des “Grands Rideaux”.

La nouveauté stimule les ateliers et les artistes d’Aubusson, comme Finet, Barraband ou Roby, qui réalisent bientôt eux-mêmes des cartons en grisaille – peinture ton sur ton, en camaïeu, utilisant plusieurs niveaux de gris, du blanc au noir, pour donner une illusion de relief.

Le goût se transforme complètement par rapport au XVIIe siècle, les nouvelles compositions sont plus simples, créées avant tout dans un souci décoratif. Le siècle des Lumières préfère aux grandes scènes héroïques des sujets plus profanes : des paysages champêtres et riants, du pittoresque, des verdures et scènes orientales (les “chinoiseries”), des scènes colorées de jeux d’enfants ou de la vie paysanne… La mythologie est réadaptée dans un style galant, on cherche plus à plaire et à émouvoir.

Les commandes moins pompeuses, les nouveaux modèles de peintres qui affinent leur goût, les dimensions plus réduites des tapisseries adaptées à l’échelle des ateliers d’Aubusson et de Felletin, ainsi que les progrés réalisés – notamment en teinture – grâce à l’aide de l’État, tout cela concourt à attirer une clientèle toujours plus nombreuse et les ateliers ont la faveur des négociants étrangers.


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