La musique qui « panse » les neurones

La musique change de statut. Si elle reste un moyen sans égal d’éprouver des émotions intenses, elle est de plus en plus étudiée comme un remède potentiel pour diverses maladies.

La musique et la santé entretiennent des relations étroites depuis des temps immémoriaux. Ainsi, sur les pyramides d’Égypte, des dessins indiquent que la musique permet de lutter contre les effets des piqûres de serpents, et cette croyance a été déclinée sous différentes formes ; certaines pièces musicales, par exemple la tarentelle, illustrent l’effet de la musique sur la piqûre de tarentule. Aujourd’hui encore, les fêtes de la Tarentelle continuent d’agrémenter les soirées d’été dans la région des Pouilles, en Italie. La musique est omniprésente, et on lui attribue souvent diverses vertus. Un exemple parmi d’autres : dans la petite tribu des Tulé, en Amazonie, la musique est utilisée pour dissuader les différents prédateurs qui rodent autour du village la nuit, de venir y faire des incursions.

Combien de croyances, notamment médicinales, qui persistent aujourd’hui en Occident, relèvent-elles d’une pensée magique similaire ? Face aux angoisses de la maladie, il est facile d’invoquer des croyances qui sont d’autant plus rassurantes et porteuses d’espoir qu’elles sont infondées. Croyance sur les pouvoirs supposés de tel objet, lumière, aliment, art et pourquoi pas aujourd’hui musique ? La musique au service de la médecine ? Est-ce du domaine de la pensée magique ? Ou bien la musique « panse »-t-elle vraiment nos neurones ?

Ces questions sont débattues depuis longtemps dans le cadre de la musicothérapie. Dans sa biographie de Pythagore, le philosophe Jamblique (242-325), rapporte que Pythagore « faisait passer les âmes d’un état en son contraire […], pleurs, colères, apitoiements, envies irraisonnées, frayeurs, désirs de toutes sortes, excès d’émotivité et d’appétence, asthénie, mégalomanie, agressivité, chacun de ces troubles était ramené à la vertu correspondante grâce aux mélodies appropriées, comme au moyen de quelques médicaments efficace et soigneusement préparé ».

L’auteur

Emmanuel Bigand, professeur de psychologie cognitive, dirige le Laboratoire d’étude de l’apprentissage et du développement, UMR 5022, à l’Université de Bourgogne, à Dijon.

Barbara Tillmann, directrice de recherche CNRS, dirige l’équipe Cognition auditive et psychoacoustique au Centre de recherche en neurosciences de Lyon, CNRS-UMR 5292, inserm U 1028, Université Lyon-I.

Cerveau&Psycho

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