L’amour à l’épreuve de la vieillesse – Régis Schlagdenhauffen

Les hommes préfèrent la quantité tandis que les femmes choisissent la qualité

Une dissymétrie est observable entre hommes et femmes lorsqu’il est question d’amour et de sexualité. Elle est liée à la pratique mais aussi aux représentations associées à l’amour et à la sexualité. Là aussi, les enquêtes montrent qu’hommes et femmes se distinguent. La dernière enquête de grande échelle menée en France (« CSF – Contexte de la sexualité en France[1] ») révèle que 12.3 % des hommes âgés de 60 à 69 ans déclarent avoir eu « plus d’un partenaire au courant de leur vie ». S’agissant des femmes de la même classe d’âge, elles ne sont que 3%. La disparité hommes/femmes est d’autant plus remarquable lorsque l’on s’intéresse au nombre moyen de partenaires. Les hommes ont tendance à surdéclarer le nombre moyen de partenaires car ils veulent mettre en avant leur « performances » sexuelles ; tandis que les femmes sous déclarent dans la mesure où elles ont tendance à tenir compte des expériences qu’elles perçoivent comme significatives dans leur carrière sexuelle. Autrement dit les hommes mettent en avant la quantité tandis que les femmes sont attentives à la qualité des relations !

L’amour entendu comme relation affective à deux est lui aussi dissymétrique. 68,2 % des femmes de 60 à 69 ans sont ou ont été en couple avec leur premier partenaire sexuel, contre seulement 32,6% des hommes. Après l’âge de 60 ans, 63,6% des hommes sont en couple avec une autre partenaire contre 26,8 % des femmes.

 

Femmes de 60 ans et + Hommes de 60 et +
En couple avec le premier partenaire 68,2 32,6
En couple avec un autre partenaire 26,8 63,6
Autre situation 5 3,8

 

Enfin, s’agissant de la signification donnée à la sexualité dans la relation de couple, 21 % des femmes de 60 ans et plus disent « l’avoir fait » par amour la dernière fois, alors que seuls 8 % des hommes ont répondu avoir eu des relations sexuelles avec leur femme « par amour ». Les femmes sont donc plus dévouées en plus d’être plus fidèles que les hommes !

De là découle une question, celle de l’amour en pratique. Elle sera explorée dans la suite du propos en convoquant la parole de femmes âgées de plus de 60 ans rencontrées dans le cadre d’une enquête sociologique menée à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS, Paris) portant sur les transformations contemporaines de la sexualité chez les seniors. Leurs trajectoires personnelles permettent d’apporter un éclairage novateurs aux trois grands temps que forme la vie amoureuse à deux : l’amour naissant, l’amour partagé dans le couple stable et le désamour. Cependant, dans les lignes qui suivent, nous n’allons pas tout à fait suivre ce plan et plutôt nous intéresser dans un premier temps à l’amour dans le couple stable âgé, puis nous verrons ce qu’il est en est du désamour avant de terminer sur l’amour retrouvé. Avant d’entrer plus avant dans la suite du propos, il ne s’agira pas ici d’élaborer une théorie de l’amour à l’épreuve de la vieillesse mais plutôt d’offrir des éclairages différents à qui s’intéresse au vécu amoureux des femmes à l’épreuve de la vieillesse.


Par Régis Schlagdenhauffen, 17 juillet 2018

Droits d’auteur

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[1] Nathalie Bajos et Michel Bozon, Enquête sur la sexualité en France. Pratiques, genre et santé, Paris, La Découverte, 2008.

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