L’amour à l’épreuve de la vieillesse – Régis Schlagdenhauffen

Les femmes et l’amour

Avant d’entrer dans le vif du sujet, voici un extrait d’entretien réalisé dans le cadre de l’enquête précitée. Il sert à nous aider à mieux comprendre une des origines de la dissymétrie homme femme qui est au cœur de notre questionnement. Lors d’un entretien, une des enquêtée me répondit ceci après lui avoir posé la question que voici « on dit généralement que les hommes et les femmes ont un rapport différent à la sexualité, qu’en pensez-vous ? »

L’enquêtée que nous appellerons Eliane (74 ans, veuve) répondit :

« J’en pense ce que me disent les textes scientifiques sur la question, c’est-à-dire que oui. En principe, les femmes ont un rapport à la sexualité plus accroché aux affects que les hommes, en tous les cas en proportion puisqu’il reste 60 % de femmes qui ne pourraient pas faire l’amour sans être amoureuses et 30 % seulement d’hommes. Mais je crois que j’échappe un peu à la catégorie des 60 %. Je vais vous raconter ça : d’abord le milieu dans lequel j’ai été élevée, les discours de ma mère, quand elle a jugé nécessaire de prévenir ses filles pour savoir ce que c’était qu’avoir ses règles, etc. »

Elle vous avait prévenues ?

« Oui, mais ça s’est accompagné d’un discours : “Faire l’amour c’est dégoûtant, sauf avec quelqu’un qu’on aime vraiment, donc il faut attendre le prince charmant.” En gros c’était ça et avant je n’avais pas eu d’éducation sexuelle. Je me rappelle avoir demandé à maman à l’âge de sept ans : “Qu’est-ce que c’est qu’une vierge ?” Parce qu’on me parlait tout le temps de la Sainte Vierge, et elle m’avait répondu : “C’est une dame qui n’est pas mariée” et j’avais répondu : “Mais elle est mariée !” et elle m’avait répondu : “Oui, mais c’est une exception.” Et j’ai cru ça pendant assez longtemps… »

Cet extrait d’entretien nous replace dans le contexte de la France de l’immédiate après-guerre. Les discours sur la sexualité y étaient rares, tout comme les connaissances concrètes sur le sujet, aussi bien au niveau des jeunes gens que des jeunes filles. Ce sont ces hommes et femmes, élevés dans ce contexte, que j’ai rencontrés et qui ont accepté de m’accorder de leur temps afin de mieux comprendre les transformations du sentiment amoureux avec l’âge.

 


Par Régis Schlagdenhauffen, 17 juillet 2018

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