L’angoisse face aux examens – Cerveau&Psycho

Chaque fois, j’ai les mains moites, je transpire, je dois aller plusieurs fois aux toilettes avant l’épreuve. Lors de l’examen, je n’arrive pas à me concentrer : des pensées parasites viennent me troubler. Les petits soucis de la vie quotidienne – un loyer en retard ou une démarche administrative à faire – me reviennent sans cesse à l’esprit et m’empêchent de me focaliser plus de dix secondes sur l’énoncé du sujet. Je ne sais pas pourquoi cela m’arrive. Je dois avouer que, pour ne plus vivre de telles angoisses, il m’est arrivé de ne pas me présenter aux examens. Je crois que je vais arrêter tout cela. Je me demande si, finalement, je suis faite pour les études. »

Selon une étude que nous avons récemment réalisée auprès d’étudiants en psychologie, Estelle fait partie des 26 pour cent d’étudiants français en fin de deuxième année d’études universitaires souffrant d’une anxiété qui peut s’accompagner d’un état dépressif à l’approche des examens. Ce handicap les pousse parfois à l’échec. Rien ne laissait présager une telle évolution. Estelle n’avait jamais connu cela avant d’entrer à l’université. Son témoignage met en lumière trois réactions psychologiques : des manifestations d’anxiété, une humeur dépressive qui transparaît dans la fin de sa déclaration, et une façon d’escamoter le problème en ne se rendant plus aux examens.

Nous examinerons ici les résultats d’une étude menée auprès de 400 étudiants d’une université parisienne sur les réactions psychologiques déclenchées par les examens : combien d’étudiants sont concernés ? Comment varie le degré d’anxiété en fonction du niveau d’études ? Les étudiants anxieux sont-ils plus déprimés que les autres ? Que mettent-ils en œuvre pour surmonter leurs difficultés ? Ces réponses sont-elles appropriées ? Cette étude doit faire réfléchir sur la réussite des étudiants : dans quelle mesure celle-ci dépend-elle de leurs capacités scolaires ou de leur résistance à l’anxiété suscitée par les examens ?

Les études menées jusqu’à présent auprès des étudiants ou lycéens concernaient la dépression. En 2002, l’équipe de Henri Chabrol, à l’Université de Toulouse, a mené une étude révélant que, parmi quelque 2000 lycéens de 17 ans en moyenne, 10 pour cent des garçons et 24 pour cent des filles sont déprimés. Par ailleurs, M. Carta, en 2003 à l’Université de Cagliari, en Sardaigne, a recensé quelque 14 pour cent de déprimés, garçons et filles confondus, âgés de 18 à 24 ans. Si l’on extrapole ces chiffres aux étudiants français, l’incidence de la dépression serait notable à l’université, plus particulièrement chez les filles.

Existerait-il un lien entre dépression et manifestations anxieuses à l’approche des examens ? Pour le savoir, nous avons examiné les proportions de dépression et d’anxiété aux examens chez des étudiants en psychologie d’une université de la région parisienne. Dix jours avant les examens de fin de semestre, nous avons interrogé 412 étudiants (83 pour cent de filles) équitablement répartis en deug (diplôme d’études…

Cerveau&Psycho

Par Évelyne Bouteyre

N°6 – > Psychologie >

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