Naître que femme et n’être que femme : CHAMP SOCIAL ET CULTUREL DES ŒUVRES – Cédrel HAROUN BECKER

Il n’y a pas d’homme en soi… Le romancier décrit nécessairement l’homme d’une société et il décrit en même temps une société. Seignobos disait souvent : le roman est, pour nous historiens, la seule façon correcte de connaître la vie réelle, publique ou privée, des hommes du passé, leur sensibilité, leur représentation du monde… Le romancier réaliste décrit une société, et l’homme dans cette société, volontairement et explicitement, avec le souci de l’exactitude historique sociale. Le romancier non réaliste le fait sans le vouloir1.

           Même si on estime cette définition trop catégorique, on reconnaît pour l’essentiel son bien fondé : les personnages des romans sont obligatoirement impliqués dans une structure sociale que leurs auteurs respectifs connaissent parfaitement. Les six romancières, Evelyne ACCAD, Ezza AGHA MALAK, Leila BARAKAT, Andrée CHEDID, Hanan El CHEIKH et Vénus KHOURY-GHATA mettent en scène, dans chacun de leurs ouvrages, une héroïne autour de laquelle se tisse une histoire qui « tend à privilégier la vie affective et à rendre compte des situations sociales […] à partir de la sphère privée. »2.

         Or, le personnage romanesque, conditionné par le milieu dont il est issu, en est souvent la victime, démontrant aussi les failles de la société dans laquelle il vit et osant la remettre en question, même si « le roman incite peu à la révolte contre ” la société “. »3.

         Cependant, le roman permet d’établir « des descriptions de la vie psychique, ” intérieure ” de l’individu non seulement avec des représentations de milieux sociaux, mais avec des analyses ” sociologiques ” de ces milieux. »4. La société libanaise comporte des particularités que ne peuvent ignorer les auteurs, essentiellement, dans le domaine de l’éducation, base des acquisitions sociales, culturelles et religieuses. Les six auteurs sont de confessions différentes, chrétienne ou musulmane, et, plus encore, de rites différents, à l’intérieur de chacun de ces  deux grands axes religieux. L’histoire du pays, les conflits nationaux et régionaux desquels les romancières furent témoins ont marqué également leurs écrits. De ce fait, l’étude des milieux d’origine des romancières s’impose, suivi de l’examen du cadre historique, puis traditionnel, exceptionnel au quotidien, dans lequel évoluent les personnages.

         La première partie de la recherche consiste donc à établir les apports éducatifs propres aux auteurs qui apparaissent ipso facto dans les situations affectives et sociales vécues par les divers personnages de leurs romans. Les différences de communauté religieuse et de milieu socio-économique desquelles sont imprégnés les personnages vont avoir des répercussions sur leurs habitudes au quotidien et sur l’application des coutumes en vigueur. Il est possible de supposer, a priori, que des divergences pourraient donc apparaître de manière flagrante entre les personnages des divers romans ou, à l’opposé, que des points communs seraient cependant perceptibles dans le domaine des relations sociales.

Chapitre I : Les empreintes éducatives sur les écrivains.

Chapitre II : Histoire et coutumes dans les romans.

Chapitre III : L’environnement immédiat des personnages.

 


Par Cédrel HAROUN BECKER, le 18 mars 2016.

Droits d’auteur

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1 Meyerson, “Quelques aspects de la personne dans le roman”, cité par Michel Zéraffa in : Roman et société, Paris, PUF, 1976, p.10.

2 Pierre Zima, Manuel de sociocritique, Paris, Picard, 1985, p.86.

3 Michel Zéraffa, op. cit., p.23.

4 Pierre Zima, op. cit., p.84.

 

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